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09/08/2020 11:53

(11 Photos) Qui est Djiby Diol, l’ingénieur sénégalais mort avec sa famille dans un incendie à Denver ?

 Une journée éprouvante que celle du mercredi 05 août 2020 lorsqu’au bout du fil, à des milliers de kilomètres du Sénégal, le vieux Hamady Diol, émigré sénégalais établi aux États-Unis depuis plusieurs années, câble sa famille pour leur annoncer la mort de ses enfants venus le rejoindre en Amérique. Cinq au total ont été emportés par un incendie, parmi lesquels l’ingénieur Djiby Diol et un bébé de sept mois. Depuis, tout s’est accéléré au quartier Cheikh Wade de Guédiawaye où réside la famille Diol. Hier jeudi, vingt-quatre heures après cette terrible épreuve, ce fut un défilé de parents, amis et proches venus compatir avec la famille Diol. En attendant de recevoir les cinq corps pour leur ultime voyage vers leur dernière demeure, la famille s’est posée un instant pour conter l’histoire de ses cinq membres qui ont péri à Denver, dans un incendie présumé «criminel», selon la Police locale.

DJIBY DIOL. «Que vous êtes grand !», lançait une autorité française fascinée par la taille de l’ancien président sénégalais Abdou Diouf. Une remarque qui pourrait s’appliquer à Djiby Diol. Ce jeune Sénégalais, né au Congo en 1990 et dont la taille avoisine les deux mètres, n’est jamais passé inaperçu. Du Congo où son père Hamady Diol s’était établi pour chercher fortune jusqu’à Denver, aux Etats-Unis, où sa vie a dramatiquement pris fin dans un incendie, Djiby a toujours dominé son monde. Et ce n’est pas que par la taille. En effet, en juin 1997, lorsqu’à la fois un conflit ethnique et politique éclate au Congo, la famille Diol plie bagages et rentre précipitamment au Sénégal. Djiby, qui avait alors 7 ans, découvre l’école primaire «La fontaine» située dans la commune de Wakhinane Nimzath. Sa taille, il ne la traîne pas comme un boulet. Bien au contraire, il s’illustre déjà sur les terrains de basket de la banlieue dakaroise et truste les succès au plan scolaire. Il survole sa génération, décroche son Entrée en Sixième et découvre les études secondaires au lycée Limamoulaye de Guédiawaye. Là également, le garçon se distingue par son sérieux et surtout par sa ferme volonté de réussir par les études. Et pendant qu’il accumule les prix et autres distinctions, son pater, grand voyageur devant l’Eternel, s’envole pour les États-Unis où il s’établit à New York. Passionné d’Anglais et de Basket-ball, Djiby Diol devient le président du «Club Anglais» du lycée Limamoulaye, un club où se retrouvent au quotidien de jeunes lycéens désireux de se perfectionner dans la langue de Shakespeare. «Cette passion pour la langue anglaise était telle que pendant un temps, malgré son jeune âge, il est devenu formateur pour des lycéens avant de participer à l’animation d’une émission de Génies en herbes à la Rts», a témoigné hier son frère Aliou Diol, l’aîné de la famille, se prêtant au rituel des condoléances entre des accolades et des poignées de main d’individus venus d’horizons différents pour soutenir la famille Diol.

Le Bac scientifique décroché haut la main et l’envol vers les États-Unis 

A Guédiawaye, au quartier Cheikh Wade, les souvenirs ont été exhumés et dépoussiérés hier pour se rappeler de ce brillant élève qui avait toujours le nez plongé dans les livres, les cahiers et les devoirs. «A la limite, il énervait un peu, souffle encore son aîné Aliou Diol. Nous avons partagé la même chambre et il lui arrivait souvent de se réveiller à 4 heures du matin pour continuer la lecture d’un livre ou apprendre ses leçons.» Le cycle secondaire, Djiby le survole et décroche haut la main le Bac S2 en 2011 avec Mention et deuxième meilleur résultat au classement des bacheliers de ce lycée réputé pour son excellence en banlieue dakaroise. Une belle réussite qui a très vite convaincu son père Hamady de lui payer le billet et de l’aider à décrocher une inscription dans les prestigieuses universités américaines. Un départ pour les États-Unis perçu comme une séparation par sa mère, très liée à Djiby et qui a fini par se plier à la volonté du chef de famille. «Notre père était seul là-bas et Comme Djiby était passionné par les études, il était le mieux placé pour le rejoindre en Amérique», témoigne l’aîné Aliou Diol, qui accompagnera le jeune Djiby Diol à l’aéroport Dakar-Yoff d’où il s’envole pour aller retrouver son père dans la ville de New York. «C’est juste deux mois après son Bac que notre père a décidé de le faire venir à ses côtés», ajoute-t-il. Djiby ne va pour autant durer à New York. Il décroche une inscription dans un institut à Denver, dans le Colorado, pour des études sur l’architecture et le bâtiment. La nationalité américaine que son père avait obtenue, après plusieurs années de présence chez les Yankees, va faciliter les choses pour Djiby. La volonté de réussir portée en bandoulière, sa silhouette devenue familière dans les amphithéâtres, il décroche, quelques années plus tard, son diplôme d’ingénieur et découvre le milieu professionnel. Une réussite qui va profiter à toute sa famille.

«Comme il avait réussi au plan professionnel et dans son intégration également, notre père, rassuré, a alors accepté que d’autres membres de la famille s’envolent pour le rejoindre aux États-Unis. Tous, à l’instar de Djiby, ne vont pas s’établir à New York, certains sont à Columbus», a confié hier Aminata Diol, sœur de l’ingénieur, le visage ravagé par la douleur. Et la perte cruelle de son frère-prodige, long phare qui a illuminé le chemin de toute une fratrie.

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