France
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13/11/2020 05:13

Deuil national: Non, le ventre de l’atlantique ne sera pas vos tombes

Le regain de l’immigration clandestine a cogné notre pays contre la marée haute de la désolation. Tel un bateau qui tangue, sous une tempête hostile, « SUNU GAAL »- notre pirogue- est secoué ces derniers temps par le nombre exorbitant de décès issus des tentatives désespérées de regagner l’Europe. Des dizaines voire des centaines de vies, c’est selon les décomptes, sont ainsi perdues dans les profondeurs de l’océan. Cet océan qui, malgré sa largesse infinie, ne peut vous servir de tombes. Puisque dans nos cœurs, vous êtes éternellement enterrés. Non, l’océan ne peut pas vous servir de tombes. Vous l’avez bravé avec une intrépidité qui frôle l’imprudence mais il s’est montré hostile à votre égard. Pourtant, loin d’être de marbre face à votre situation inconfortable, les pirogues de fortune avaient cru bien faire en supportant toute la charge de vois poids et celle de vos bagages malgré leur âge. Embarquant à partir de points divers, vous vous êtes retrouvés dans un même univers où l’intimité des vagues n’a d’égal que l’immensité des horreurs qui dépassent la métaphysique. La pirogue a collaboré, l’océan a refusé, les chavirements ont lieu et vos familles continuent d’attendre de vos nouvelles. Ce concours de circonstances a abouti inexorablement à votre perte dans les eaux maritimes. Cependant, l’océan ne vous servira jamais de tombes. Cette étendue d’eau a été, toute votre vie durant, une bienfaitrice de façon directe ou indirecte. Telle une mère, elle vous a nourris de ses produits halieutiques et vous a laissés faire des plus belles prises quand vous vous adonniez à la pêche. Elle vous a couvés et protégés contre vents et marées, contre les requins, dauphins et tous les êtres jaloux de vous voir naviguer dans les eaux avec un confort insoupçonné. Mais l’océan ne peut pas vous servir de tombes. Vous êtes morts sans sépultures et parfois mêmes avez fini par être le plat des monstres froids qui grouillent dans l’océan. Mais vous n’êtes pas des anonymorts. Vous avez des noms et prénoms et continuez d’y répondre à chaque fois que nous vous invoquerons dans nos cœurs. Sans pierre tombale, vous êtes enterrés dans ce qu’il y a le plus doux de nous, nos cœurs si aimants et compatissants et nos esprits qui garderont vifs vos souvenirs. Non, la mer ne servira pas de tombe aux vaillants hommes et femmes que vous êtes, elle est trop étroite pour contenir nos larmes de détresse et de solitude. Nous continuerons de porter le deuil même si le nombre ahurissant de morts n’a pas inspiré les officiels à décréter un deuil national. Mais nous ne ferons pas notre deuil des êtres que vous fûtes, votre serviabilité et votre dignité vous garderont toujours plus proches de nous. Car il faut être amplement digne pour préférer mourir en essayant que de tendre la main inlassablement. Vos âmes sont parties se reposer à jamais, et ce vendredi saint, journée qui vous sera virtuellement dédiée, nous prierons pour leur salut. Dormez du sommeil des braves, dormez dans nos cœurs meurtris puisque le ventre de l’atlantique ne peut point vous servir de tombes.

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