Grand angle: Froid hivernal : non, les migrants ne sont pas mieux lotis que les SDF

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C’est un préjugé tenace mais pourtant totalement faux qui pullule sur les réseaux sociaux. Non, les migrants ne sont pas mieux logés que les SDF en cette période de grand froid sur le pays.

Ces dernières semaines, les pouvoirs publics ont multiplié les annonces pour venir au secours des personnes sans-abris et éviter qu’elles ne passent la nuit dehors alors que les températures descendent en dessous de zéro. Parmi ces personnes, certaines sont sans papiers. Sur les réseaux sociaux, des citoyens français sont convaincus qu’il existe un favoritisme envers les personnes en situation irrégulière et dénoncent ce « traitement de faveur ». C’est évidemment complètement faux.

Dans la région parisienne, par exemple, près de 2 000 places supplémentaires ont été ouvertes en hébergement d’urgence – en plus des 1 600 déjà ouvertes dans le cadre du dispositif hivernal et des 16 000 disponibles à l’année. Les SDF et les personnes sans papier sont accueillies indifféremment dans les centres d’hébergement d’urgence (CHU) ainsi que dans les gymnases et salles de mairie ouvertes exceptionnellement.

Quels abris sont mis en place pour les personnes en situation irrégulière ?

Depuis le début de la vague de froid, certaines régions ont mis en place des dispositifs d’hébergement destinés aux migrants. Dans le Calvados, le maire de Colleville-Montgomery a décidé d’ouvrir un gymnase pour accueillir temporairement les jeunes migrants de la ville voisine de Ouistreham. À Calais, deux sites ont ouverts pour mettre les migrants à l’abri du froid : des conteneurs pouvant accueillir 85 personnes, pour les familles, et des hangars de 313 places, pour les adultes seuls.

>> À relire : « Froid glacial en France : le point sur la situation de l’hébergement à Paris et à Calais »

En règle générale, hors période de grand froid, les migrants doivent être orientés vers différentes structures : les CAO ou les CAES, des lieux répartis sur l’ensemble du territoire censés les héberger et les aiguiller dans leurs démarches administratives. À Paris, le centre de La Chapelle dispose d’un « site de mise à l’abri temporaire », capable de fournir 400 lits. Les lieux sont saturés en permanence.

Les offres d’hébergement réservées aux personnes en situation irrégulière s’arrêtent là. Contrairement aux rumeurs, les migrants n’ont pas accès aux logements sociaux. En raison de la saturation des hébergements d’urgence, de la barrière de la langue, de l’ignorance des dispositifs existants, beaucoup de personnes sans-papiers sont donc contraintes de dormir dans des campements de fortune.

Beaucoup de mineurs isolés se retrouvent aussi sans toit. Les jeunes migrants de moins de 18 ans, qui sont censés être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, devraient rejoindre des structures adéquates (foyers, hôtels sociaux, centres pour mineurs). Dans la réalité, de nombreux jeunes, en attente de reconnaissance de leur minorité, dorment à la rue.

Où peuvent dormir les demandeurs d’asile ?

Les demandeurs d’asile, les personnes en cours de régularisation, sont, en théorie, envoyés dans des centres spécifiques, appelées CADA, le temps de l’examen de leur demande d’asile. Mais les CADA sont souvent saturés et obligent de nombreuses personnes à dormir dans les CHU, ou à la rue en attendant leurs rendez-vous administratifs.

Quelle prise en charge pour les ressortissants français à la rue ?

Les SDF, qui sont souvent des ressortissants français, ont la possibilité d’intégrer des centres d’hébergement d’urgence (CHU), qu’ils partagent avec des migrants. En novembre 2016, un nouveau centre d’hébergement a ouvert dans le 16e arrondissement de Paris, en lisière du Bois de Boulogne. Des permanences sociales d’accueil (PSA ou ESI) sont également ouvertes la journée pour orienter les sans-abris vers un centre adapté ou les aider dans leurs démarches de domiciliation.

En tant que Français, ils ont aussi la possibilité d’accéder à un parc locatif social (pour les aider à la réinsertion) qui comprend des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), des résidences sociales, des maisons relais, des appartements de coordination thérapeutique (ACT)…

Les ONG et associations rappellent de concert que toutes les personnes à la rue, qu’elles soient en situation régulière ou pas, ont accès aux centres d’hébergement d’urgence, via le numéro de téléphone 115. Les maraudes, organisées dans les villes touchées par la vague de froid, ne distinguent pas les migrants des autres personnes sans hébergement.

« Nous venons en aide à tous les êtres humains à la rue », martèle Christian Reboul, référent sur les questions de migration, de droit et de santé, à Médecins du monde. « Nous prônons un accueil inconditionnel que l’on soit Français ou étranger » La France compte environ 300 000 personnes en situation irrégulière, selon Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, et 143 000 SDF, selon la Fondation Abbé Pierre. « C’est un fait, beaucoup de sans-papiers sont à la rue », continue Christian Reboul. « Ce qui est très gênant, c’est [qu’avec des accusations de favoritisme], on est en train de mettre en concurrence les précarités ».

infomigrants – diasporaenligne.net

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