Grand angle: La situation se dégrade à Vintimille alors que les migrants craignent le camp humanitaire

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Les migrants continuent d’affluer dans la ville italienne de Vintimille mais beaucoup refusent désormais de se rendre au camp humanitaire géré par la Croix rouge italienne. Depuis plus d’un an, la police y prend leurs empreintes.

Pour les bénévoles des associations qui assurent des maraudes à Vintimille, la situation est alarmante. De plus en plus de migrants survivent dans un campement installé sous un pont de la voie rapide près de cette petite ville italienne, où la Roya se jette dans la Méditerranée.

Ils seraient environ 250, selon Stéphane Faccendini du collectif citoyen Bevera qui assure une maraude par jour et des distributions de nourriture sur le parking en face du cimetière. Parmi eux, des familles, des femmes seules dont certaines sont enceintes et des mineurs non-accompagnés.

Pourtant, il existe depuis juillet 2016 un camp humanitaire à Vintimille. Géré par la Croix rouge italienne, il peut accueillir jusqu’à 500 personnes.

Le nombre de personnes hébergées au camp est variable d’un jour à l’autre mais, en ce mois de mars, il tourne autour de 300 personnes, « contre jusqu’à 800 personnes certains mois, l’année dernière », explique à InfoMigrants Insa Sane, le responsable du camp.

« Ils ont une peur bleue de la prise d’empreintes »

Pourquoi les migrants ne se rendent pas dans le centre de la Croix-Rouge ? La raison de cette baisse de fréquentation se trouve à l’entrée du camp. Depuis un petit peu plus d’un an, la police italienne prend les empreintes digitales des résidents à leur arrivée. Officiellement, cette procédure n’a rien à voir avec le Règlement Dublin. Mais il reste difficile de savoir à quelle fins les empreintes sont utilisées.

À l’entrée du camp, la Croix rouge italienne, elle, crée un badge « avec un code barre, la date de naissance, le pays origine et une photo » du migrant. « Cette carte est utilisée pour bénéficier de tous les services du camp (nourriture, soins etc). À chaque poste, il y a un ordinateur pour enregistrer les migrants comme ça, à fin de la journée, on sait combien de personnes sont à l’intérieur ou non », précise Insa Sane.

Dans les esprits des migrants, il y a eu confusion entre ce que fait la police et la Croix rouge italienne. Pour nombre de migrants, la prise des empreintes digitales est associée à la procédure de Dublin.

« Beaucoup de gens dorment aujourd’hui à la rue parce qu’ils ont une peur bleue de la prise d’empreintes, mais ils ne se rendent pas compte qu’elles ont déjà été prises dans le sud de l’Italie, à leur arrivée », affirme Martine Landry, bénévole auprès d’Amnesty et Anafé (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers), poursuivie pour avoir « facilité l’entrée de deux mineurs étrangers en situation irrégulière ».

« La violence envers les migrants s’est accrue »

Insa Sane se souvient que le nombre de migrants demandant à être hébergé au camp a commencé à diminuer lorsque la police italienne a lancé les prises d’empreintes. « Les passeurs disent aux migrants que s’ils donnent leurs empreintes ils ne pourront plus demander l’asile ailleurs et seront renvoyés ici », souligne-t-il.

Parmi des migrants mal informés et terrifiés à l’idée d’être « dublinés », la rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre. Le camp de Vintimille a ainsi perdu des résidents et les campements sauvages de la ville ont grossi, rendant les contacts avec la population locale de plus en plus difficiles. « Depuis l’été la situation se tend. La violence de la population envers les migrants s’est accrue », explique Cathie Lipszyc, du collectif Tous citoyens.

En réponse à cette situation, les autorités italiennes organisent désormais des renvois vers le sud du pays. Régulièrement, des migrants de Vintimille sont mis dans des cars direction Taranto, dans la région des Pouilles. Presque le talon de la botte italienne. Selon Cathie Lipszyc, il y a aussi eu des cas de renvois vers les pays d’origine.

Inéluctablement, les migrants remontent vers Vintimille dans l’espoir de passer la frontière et d’entrer en France. La bénévole de Tous citoyens assure d’ailleurs que « les passeurs sont de plus en plus actifs et visibles à la frontière ».

« Environ 30 personnes demandent l’asile chaque mois »

Dans le camp de Vintimille, l’ambiance a changé ces derniers mois. À l’origine créé pour offrir un hébergement d’urgence, le centre de la Croix rouge se meut doucement en hébergement de moyen terme.

« Depuis huit mois, on aide les migrants à faire leur demande asile en Italie. Environ 30 personnes demandent l’asile en Italie depuis le camp chaque mois. Cela a changé la nature du camp. Avant c’était juste un camp de transit, maintenant, pour certaines personnes, cela devient du plus long terme parce qu’ils peuvent rester dans le camp quelques mois avant d’être transférés dans des structures d’accueil pour demandeurs d’asile », explique Insa Sane.

À la fin de l’année 2017, Amnesty internationale dénombrait près de 130 000 personnes ayant demandé l’asile en Italie. Au cours de l’année, 40 % des demandeurs ont obtenu une forme de protection en première instance.

infomigrants – diasporaenligne.net

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