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10/06/2020 06:45

ÉDUCATION AUX RÉSEAUX : « À 14 ANS, LES ADOS PENSENT QUE LEURS PARENTS SONT DES CONS »

Voir son ado enfermé dans sa chambre et pourtant constamment connecté au monde a de quoi inquiéter les parents. Ces derniers tentent tant bien que mal de guider leur enfants sur le Web. Voici le second volet de notre enquête sur les ados et leur portable.

Que peuvent bien faire les adolescents quand ils sont enfermés dans leur chambre et connectés pendant des heures sur leur smartphone ?
La plupart de parents que nous avons interrogés notent que l’introduction du portable a tendance à isoler les ados du reste de la famille. « Je sais que l’adolescence y est pour beaucoup, mais j’ai l’impression que ma fille est beaucoup moins présente avec nous explique Laure, mère d’une adolescente de 14 ans. On ne regarde plus de films ensemble par exemple, elle préfère regarder ses contenus de son côté. » Même constat pour Sofia, dont la fille a, elle aussi, 14 ans. Elle nuance toutefois en précisant que les parents aussi sont sur les réseaux. « À la maison, on passe aussi beaucoup de temps à lire nos mails ou à utiliser Facebook, raconte-t-elle. Les échanges ne sont plus comme avant : même nous, on est moins disponibles. Eux préfèrent passer plus de temps sur leur téléphone plutôt que de nous parler. »

Les enfants seuls dans leur chambre mais tout le temps connectés

Outre ce manque de communication au sein de la famille, d’autres parents constatent la difficulté des enfants de sortir de chez eux. Loin d’être anecdotique, la « génération plumard » est bien en train de devenir une réalité. En 2018, une étude de l’Institut du Sommeil et de la Vigilance avait même révélé que 92 % des 15-24 ans considèrent leur literie comme un lieu d’activités diverses. Cependant, « enfermé dans sa chambre » ne veut pas dire « être tout seul », bien au contraire. « J’ai l’impression que c’est générationnel, indique Virgile, père d’un ado de 15 ans. Il ne voit pas beaucoup ses copains en dehors de l’école et à première vue il n’a pas l’air d’avoir de vie sociale, mais il discute constamment avec eux sur Instagram et WhatsApp. »
« Il passe beaucoup de temps dans sa chambre, explique de son côté Jean-Pierre, dont le fils a 14 ans. En même temps on habite sur Paris et ses copains de collège sont dans d’autres villes. C’est compliqué de le laisser sortir tout seul. En revanche, il dialogue constamment avec eux dans des chats room vocales, surtout quand il joue aux jeux vidéo. »

Ramener les problèmes à la maison

Cette connexion permanente aux ami.e.s est à double tranchant. D’un côté les parents sont rassurés de voir leurs enfants avoir une vie sociale forte sans avoir à s’inquiéter de les voir trainer dehors. D’un autre côté, ils s’inquiètent aussi de voir leurs ados incapables de se déconnecter complètement. « Il existe toujours de petites bagarres ou des histoires entre les ados, mais avant ça restait au collège indique Sofia. Et ça ne suivait pas dans la maison qui était un sanctuaire. Maintenant les chamailleries de la cour de récré arrivent jusque dans leur chambre. »

Parfois victimes de cyber harcèlement, les ados peuvent

aussi en être les responsables. Dans ce cas, les parents font ce qu’ils peuvent pour rectifier le tir. C’est ce qui est arrivé à Virgile qui a surpris son fils en train de se moquer d’un camarade sur les réseaux sociaux. « Quand il a ouvert son compte Instagram, je l’ai suivi histoire qu’il ait un peu plus que trois followers, raconte-t-il. Je ne le surveille pas particulièrement, mais j’ai capté une fois une story qui me semblait problématique dans laquelle il se moquait d’un copain roux. J’ai commenté sa story en lui démontrant point par point que son discours était du cyber harcèlement et j’ai attendu son retour à la maison pour lui en remettre une couche. Il a bien compris qu’il ne referait plus jamais ça, mais en revanche, il m’a demandé de me désabonner de son compte histoire d’être plus tranquille avec ses potes. »

Dangereuse influence

Quand ils ne sont connectés à leurs amis, les ados sont plutôt consommateurs de contenus et plus particulièrement de vidéos ou de posts créés par des influenceurs. Là aussi les parents tentent de surveiller, comme ils peuvent, les contenus regardés par leurs enfants. Sans interdire quoi que ce soit, ils essayent surtout de faire émerger un discours critique. « Je déplore beaucoup le niveau des vidéos qu’elle regarde sur YouTube, indique Laure. À une époque elle voulait même devenir influenceuse et j’ai l’impression que de nombreux jeunes voient ça comme un métier intéressant. Quand on regarde, j’ai vraiment l’impression que le niveau n’est pas très élevé. »
Même son de cloche chez Sofia, qui déplore surtout les obsessions matérialistes des influenceurs. « Parfois je lui demande de montrer ce qu’elle regarde, histoire d’entrer dans son monde et c’est souvent des influenceuses qui parlent de produits plus ou moins chers. Tout semble tourner autour de l’argent dans ce monde. Sur Instagram elle suit des gens très riches qui mènent une vie luxueuse, des footballeurs qui sont dans des jets… ça influence beaucoup nos enfants et on a un devoir de les éduquer contre ces contenus. Plutôt que de lui interdire de regarder, j’essaye de lui expliquer que c’est beaucoup de marketing, que ça n’est pas la vraie vie. »

Éduquer les enfants aux médias

Pour Jean-Pierre, cette consommation parfois outrancière de contenus d’influenceurs rend les jeunes très passifs. Il tente toutefois d’inculquer à son fils les bases de l’analyse d’information. « J’essaye de lui expliquer que YouTube fonctionne comme la télévision et que la plateforme a pour objectif de combler son temps de cerveau disponible, mais c’est compliqué, explique-t-il. À 14 ans, il pense que ses parents sont des cons et il n’écoute pas toujours. En plus il a tendance à prendre tout ce qu’il entend ou voit pour argent comptant. Du coup on lui explique comment il doit recouper ses informations sur des sites fiables ou bien faire la différence entre du contenu journalistique et du contenu sponsorisé par une marque, qui n’a pas le même niveau d’exigence. »

Passifs, les jeunes ne le sont peut-être pas tout à fait. Ils consomment beaucoup de contenus, mais ils savent aussi en produire eux-mêmes. Le fils de Virgile, utilise Instagram pour photographier les figurines qu’il peint dans sa chambre. Du côté de Laure, sa fille est une fidèle utilisatrice de Wattpad, une plateforme sur laquelle il est possible de lire ou de publier des fictions. « Elle utilise beaucoup ce site pour lire des textes et écrire ses propres histoires, mais je n’ai pas le droit de les lire », indique-t-elle. Même hyper connectés, les adolescents savent parfois garder leur jardin secret à l’abri… surtout de leurs parents.
Retrouvez la première partie de cette enquête en cliquant sur ce lien.

Source: ladn.eu

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