Dakhar-Bango : Le nouvel eldorado de Saint-Louis

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L’histoire de Dakhar-Bango, l’un des trente-trois quartiers de Saint-Louis commune, se confond avec celle des camps militaires implantés dans cette localité depuis des décennies. Civils et militaires cohabitent en parfaite harmonie dans ce havre de paix qui a longtemps gardé sa quiétude à distance respectable de l’agitation de Saint-Louis. Bango est aujourd’hui devenu un nouvel eldorado qui attire bon nombre de résidents tombés sous son charme.

Ville amphibie, Saint-Louis ne se limite pas seulement à l’île, encore moins à Sor, côté continent. La cité tricentenaire étale ses tentacules jusqu’à Dakhar-Bango, un charmant village de 8 000 âmes situé à neuf kilomètres. Pour y aller, il faut emprunter la nationale 2, en direction de Richard-Toll et après le quartier de Khor, bifurquer à gauche. Une route construite en 2006 mène au village et se prolonge jusqu’au bord du marigot Lampsar, affluent du fleuve Sénégal. Dakhar-Bango, riche de son histoire, ses souvenirs, ses secrets et de nombreux trésors, invite à découvrir ses charmes. Les échoppes et autres commerces qui se sont installés le long de la route et autour desquels se côtoient quotidiennement les autochtones ajoutent une beauté supplémentaire à ce coin où vivent pêcheurs, éleveurs, maraîchers, militaires, professeurs…

Dakhar-Bango a la particularité d’abriter le Centre d’instruction militaire encore appelé 12e bataillon, creuset de formation des hommes de troupes. Créé en 1943 sous le nom de camp « Ardent Du Picq », il a été baptisé en décembre 1992 camp Deh Momar Gary. A Bango est également implanté, depuis 1946, le Prytanée militaire Charles N’Tchoréré et le 22e Bataillon de reconnaissance et d’appui. Ce village peut également s’enorgueillir d’abriter un aéroport depuis plus d’un demi-siècle et aussi la réserve d’eau qui alimente Saint-Louis et ses environs.

Espaces verts, rue pleine de charme, Bango qui offre de nombreux attraits, invite à la flânerie, au dépaysement. L’histoire de ce village, devenu un quartier de la ville de Saint-Louis depuis 1972, remonte aux années 1800. Selon de nombreux témoignages, le nom Dakhar-Bango vient d’un tamarinier qui se trouvait à l’intérieur du camp militaire. Magoye Mbaye, notable du quartier, souligne que cet arbre était le point de ralliement des pêcheurs qui rentraient de la mer. Il servait aussi à sécher et à réajuster les filets de pêche, ajoute-t-il. « Dakhar » signifiant donc le tamarinier et Bango renvoyant à un système de séchage des filets de pêche ont donné le nom de Dakhar-Bango. Cette technique artisanale consistait, explique M. Mbaye, à mettre deux poteaux et une transversale à l’image d’un camp de football, et permettait non seulement de sécher les filets, mais aussi de ne pas être attaqués par des insectes et autres déprédateurs. Les pêcheurs disaient donc « Dakhar bangui bango ». Le tamarinier qui nous servait de lieu séchage de nos filets de pêche. Le délégué de quartier Samba Guèye tient presque la même version.

Toutefois, poursuit-il, le premier habitant est venu du Saloum. Ce dernier, raconte-t-il, était à la recherche de ses enfants enlevés par des Maures qui voulaient les conduire en Mauritanie. Il les rattrapa à Dakhar-Bango. Compte tenu de nombreuses potentialités dont recelait cette localité, il avait préféré y rester pour s’adonner à la pêche et à l’agriculture.

D’après Magoye Mbaye, le village se trouvait à l’époque à proximité de l’aéroport. Les populations étaient installées sur la ligne de vol des avions. Cela posait un énorme problème de sécurité aux populations et aux autorités. C’est par la suite que les habitants ont été invités à quitter cette zone pour venir s’installer vers le barrage, actuel emplacement du village. Ce quartier rattaché à la ville de Saint-Louis depuis 1972 s’étend présentement du croisement de la route nationale n°2 aux rizières.

Dans le passé et la construction de la vieille ville, Dakhar-Bango a joué un rôle prépondérant. Ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (Aof), Saint-Louis était à l’époque une île vierge. « Il fallait la construire. Les colons firent alors recours au matériel local. En quittant l’Europe pour venir en Afrique, ils n’apportaient pas de matériaux de construction. Ils travaillaient avec la matière première qu’ils avaient trouvée sur place », renseigne Magoye Mbaye. D’abord, ils installèrent les premiers fours à briques pour la fabrication des briquettes à Bopp Thior (vers Gokhou Mbathie). Au fil du temps, le banco avec lequel ils fabriquaient ces briques est devenu salé du fait de l’eau de la mer qui remontait jusqu’à Dagana, voire Podor, en période de décrue. Il fallait donc trouver du banco qui n’était pas contaminé. Durant leurs recherches, les colons avaient été conduits à Bango où ils avaient monté des fours à briques pour faire des agglos, des briquettes en banco cuit de couleur rouge. Celles-ci, indique Magoye Mbaye, ont servi à la construction de quantité d’édifices publics comme la gouvernance, l’hôpital régional de Saint-Louis, la mairie, les églises, les deux Rognats (nord et sud), tous les bâtiments qui se trouvent sur l’île, du nord au sud, avec ces briquettes en argile, en terre cuite. A en croire Magoye Mbaye, des descendants de ces anciens qui travaillaient dans ces fours, des familles bambaras principalement, vivent encore à Dakhar-Bango.

La ruée vers Bango
Coin relativement charmant et paisible, Bango est devenu un véritable eldorado. Depuis quelques années, on assiste à une ruée de nouveaux résidents vers ce quartier. Avec la promiscuité qui règne à Saint-Louis, tout le monde veut habiter à Bango. Une situation due, de l’avis du délégué de quartier Samba Guèye, aux nombreuses potentialités dont regorge ce quartier, la nature. De plus, il fait bon y vivre, et il règne dans ce village une ambiance toute particulière où amitié rythme avec convivialité. Le calme y est également pour beaucoup de choses, car Bango est assez éloigné de Saint-Louis pour ne pas en subir l’effervescence.

A en croire ce délégué de quartier, le rythme de la valorisation du foncier connaît une cadence soutenue au fil du temps. « Tous ceux qui avaient des terrains à côté de la route nationale les ont revendus à des prix relativement élevés », affirme-t-il. Cependant, cette zone est non-lotie. A l’image du président du conseil de quartier, Demba Guèye fait remarquer qu’ils sont impuissants face à une telle situation. A son avis, la particularité de l’habitat à Dakhar-Bango est que personne ne dispose d’un titre foncier, d’un permis d’occuper ou d’un bail. Depuis leur relogement à l’actuel emplacement du village, les populations courent toujours derrière leurs titres de propriété. Dakar-Bango est encore victime de l’absence d’un plan d’assainissement et de lotissement.

« Personne à Bango ne peut brandir un seul document attestant qu’il est propriétaire d’une portion de terre », se désole Oumar Diouf, président du conseil de quartier Bango nord et sud. Les démarches entreprises auprès des autorités compétentes étant restées vaines. Au Service régional du cadastre, les recherches sur le droit réel du village montrent qu’une partie relève du domaine réservé, une autre appartenant à des institutions comme l’Asecna ou bien au domaine de Jean Jacques Bancal. « Cela constitue un sérieux handicap dans la valorisation de l’habitat social. Tout nous manque, en l’absence de nos titres de propriété », alerte O. Diouf, tout en déplorant le chômage et le sous-emploi devenus une réalité chez les jeunes du village. « De tous les chefs d’Etat que notre pays a connus, seul le président Macky Sall est venu jusqu’au barrage de Dakhar-Bango. Mieux encore, tous les présidents qui viennent à Saint-Louis passent par Bango via l’aéroport. Malgré tout, nous sommes les parents pauvres de la ville. Même les Saint-Lousiens ne considèrent pas Bango comme un quartier de la vieille ville alors que nous avons ce statut depuis 1972 », s’étonne Magoye Mbaye. Et pourtant, Dakhar-Bango compte deux dignes fils dans l’actuel gouvernement du Sénégal. Il s’agit des ministres Mary Teuw Niane et Mansour Faye. Ce dernier, né à Saint-Louis, a construit une maison à Bango. Les populations fondent beaucoup d’espoir sur eux afin que cette question liée à la reconnaissance administrative de leur habitat soit un vieux souvenir.

Contraintes majeures
Vers les années 60, Dakhar-Bango ne disposait pas d’école primaire. Un bâtiment du camp a servi près d’une décennie de salle de classe aux enfants des militaires et du village et même à ceux des localités de Ngallèle et de Sanar. Ce n’est qu’en 1968 qu’on a construit trois classes pour les élèves du village par le biais du génie militaire. Un an plus tard, l’école primaire a ouvert ses portes. L’actuel ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le Pr. Mary Teuw Niane, y a fait ses humanités. Aujourd’hui, dans le domaine de l’habitat, bon nombre de militaires ont acheté des maisons dans le quartier ou y logent. Cela constitue, selon Magoye Mbaye, une « réelle opportunité » pour les habitants du quartier, notamment les bailleurs. Le brassage ethnique est une réalité à Dakhar-Bango, surtout entre militaires et population locale. Celui-ci a permis à plusieurs militaires d’épouser des filles de Bango. La proximité avec le camp aidant, beaucoup d’entre eux habitent dans le village. De même, des fils et filles de Dakhar-Bango se sont engagés dans l’armée. Le vieux Djiby Samb, notable du village, s’enorgueillit d’avoir des fils sous les drapeaux. Ils sont devenus des gradés dans leurs corps respectifs. Dans les rangs des enfants de troupe du Prytanée militaire, on compte aussi des ressortissants du quartier Dakhar-Bango. On retrouve toutes les ethnies à Dakhar-Bango.

Pour le délégué de quartier Samba Guèye, le concept « Armée Nation » est une réalité à Dakhar-Bango. D’après lui, l’Armée les soutient dans toutes leurs activités. « Aujourd’hui, nous avons encore plus besoin d’appui. Beaucoup de jeunes du quartier ne travaillent pas, certains sont tentés même par l’émigration clandestine », fait-il savoir. Dans le domaine de la sécurité, note M. Guèye, la présence des camps militaires constitue un facteur dissuasif. Toutefois, il souhaite la mise en place d’un poste de police ou d’une brigade de gendarmerie du fait que son quartier est frontalier avec la Mauritanie.

Actuellement, beaucoup de contraintes freinent l’essor du village. Selon Oumar Diouf, président du conseil de quartier Bango nord et sud, celles-ci sont liées aux réseaux électrique et hydraulique défectueux ainsi qu’à l’enclavement de leurs rizières en saison des pluies. Cette situation fait que les besoins des populations en eau ne sont pas couverts. L’aura de Dakhar-Bango ne correspond pas, d’après lui, à la réalité sur le terrain. « Nous faisons maintenant partie de la ville de Saint-Louis, mais nous éprouvons d’énormes difficultés pour avoir de l’eau alors que la source se trouve dans notre quartier », déplore-t-il. Pour Magoye Mbaye, une agglomération de 8 000 habitants a besoin d’un lycée, d’un marché moderne et même d’un centre de santé.

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