Interviewé ce mardi 23 février par Radio France Internationale (RFI), Macky Sall a tenu un discours guerrier contre le terrorisme. Parti de la nécessité de se doter de moyens conséquents pour faire face aux groupes terroristes qui sévissent dans la sous-région ouest-africaine, le président sénégalais est d’avis que la coopération ne peut faire défaut dans cette bataille qui n’est plus celle des « gladiateurs ». Pour lui, « il faut de l’intelligence, il faut du renseignement ». Durcissant le ton, Macky Sall s’est déclaré contre toute forme de discussion avec des « terroristes ». Cette intervention va-t-en guerre n’a pas manqué de susciter des inquiétudes chez nombre de sénégalais qui pensent qu’avec cette position aux relents bellicistes, le chef de l’exécutif expose davantage notre pays.

Il faut cependant savoir que le Sénégal, sous le magistère de Macky Sall, a toujours favorisé l’offensive dans la lutte contre le terrorisme. Ne dit-on pas que la meilleure façon de se défendre, c’est d’attaquer ? C’est l’option épousée par les autorités sénégalaises depuis l’occupation du nord du Mali par les jihadistes affiliés à Al Qaïda. Non content d’envoyer des militaires et des policiers pour appuyer la mission onusienne de maintien de la paix chez ce voisin immédiat, le Sénégal a pensé à se préparer à l’éventualité d’un déplacement de la menace. La surveillance des frontières est renforcée. Ce qui a permis dès 2013 de prendre en charge un revenant du nord Mali. 

L’imam Boubacar Dianko  était, en compagnie de son neveu et élève Bamba Dianko, aux côtés du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) lorsque la France a lancé l’opération Serval pour déloger les jihadistes du septentrion malien. Cependant, l’hégire au nord du Mali de l’Imam sénégalais, qui a accueilli au début des années 2000 le mauritanien Hamada Ould Mouhamed Heirou chez lui à Thiaroye, n’était rien comparé au projet de dizaines de sénégalais en faveur du jihad auquel les conviait l’organisation État islamique.

Des sénégalais dans les rangs de l’État islamique en Libye et au Nigeria 

Dès 2014, de jeunes sénégalais ont pris fait et cause pour le jihad armé. Certains ont rejoint les rangs de Boko Haram tandis que d’autres ont préféré déposer leurs bagages à Syrte, alors capitale de l’État islamique en Libye. 

Surveillé depuis le début par les services de renseignement, le groupe du Nigeria qui a décidé de revenir pour poursuivre le jihad au Sénégal (selon le ministère public lors du procès de l’Imam Ndao), a été presque décapité. 

À l’époque, les méthodes employées par la Division des investigations criminelles et la Section de recherches pour mettre le grappin sur les mis en cause avaient été décriées. Des critiques qui n’ont pas pourtant mis de l’eau dans le vin des autorités qui avaient visiblement un message à passer à tous ceux qui seraient tentés de rejoindre ou même de flirter avec le jihadisme. Au bout de cet épisode, neuf sur la trentaine de personnes poursuivies pour association de malfaiteurs en relation avec une activité terroriste ont écopé de peines allant de 5 à 20 ans de travaux forcés. Présenté comme le penseur du groupe, Matar Diokhané  qui a bénéficié d’un contrat d’enseignement dans le nord-est du Nigeria, a pris la plus grosse peine quand bien même il s’est défendu d’être envoyé spécial d’Abubakar Shekau.

Pendant que les « boko Haram » sénégalais étaient traqués par les forces de sécurité, leurs « frères » qui ont migré en Libye et qui avaient l’ambition de revenir au Sénégal pour y mener la guerre sainte n’ont pas eu l’opportunité de le faire. L’opération « Bunyaan al Marsous » lancée en mai 2016 par les miliciens de Misrata pour reprendre Syrte des mains de l’État islamique a eu raison de la majorité d’entre eux. C’est dans cette guerre sans merci qui a valu plusieurs centaines de morts aux misratis que l’émir des sénégalais, Moustapha Diop aurait perdu la vie en décembre 2016. 

Très influent au sein de la colonie jihadiste sénégalaise installée en Libye entre 2014, 2015 et 2016, cet ancien étudiant de l’Université islamique de Médine (Arabie Saoudite) a été à l’origine du départ de nombre de ses compatriotes aussi bien en Libye qu’au Nigeria. Le procès de 2018 a élucidé ce rôle de recruteur  que celui qui se faisait appeler «Abou Hatem» assumait pour Boko Haram et la branche de l’État islamique en Libye.

La Menace de l’est

La même période a été marquée par une vague d’attentats menés par Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avec l’aide d’Almourabitoune à Bamako, à Ouagadougou et à Grand Bassam. Ces différentes attaques revendiquées par Aqmi inaugurent l’ère de l’exportation des actions terroristes de la filiale saharo-sahélienne d’Al Qaïda, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Le Sénégal était aussi dans le collimateur. L’arrestation d’arabes maliens en 2017, dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Grand Bassam a révélé comment notre pays a manqué de peu d’être frappé par le terrorisme. 

Porté à la tête du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) dont la naissance a été annoncé en mars 2017, Iyad Ag Ghali profère des menaces contre 11 pays sous pretexte qu’ils seraient les alliés de la France qualifiée « d’ennemie historique de l’Islam dans le Sahara ». 

Le Sénégal figure sur la liste rouge. L’obsession de l’avatar d’Al Qaida au Sahel pour le Sénégal est confirmée parl’appel lancé en novembre 2018 par Amadou Kouffa en direction des peulhs sénégalais. Ces derniers sont appelés par l’homme derrière l’insécurité qui règne dans le centre du Mali depuis 2015 à rejoindre le jihad. Qui plus est, au moment où se tenait à Dakar la cinquième édition du Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique. Sans attendre, Macky Sall porte la réplique au jihadiste malien  et tente de minimiser les impacts de son appel envers les peulhs du Sénégal. 

« Mes compatriotes peulhs ne pourront pas répondre à ce genre d’appel », répondait le président sénégalais qui refusait la possibilité d’une attaque menée par « une bande organisée ». « Qu’il y ait maintenant des gens qui sont des kamikazes, oui, on ne peut pas l’éviter », ajoutait-il. Ces mots suffisent pour mettre un nom sur la menace qui lorgne le Sénégal et qui aurait évolué. En effet, la Katiba du Macina qui constitue la plus grande composante de l’heure du GSIM a décidé d’intensifier sa présence dans l’extrême ouest malien, notamment dans la région de Kayes. 

Au cours de l’année 2020, plusieurs attaques ont été menées dans cette région par les hommes d’Amadou Kouffa qui ont mis en déroute leurs frères qui ont fait défection du groupe pour faire allégeance à l’État islamique au Grand Sahara. À la consolidation de cette assise, devait faire suite une infiltration au Sénégal. Selon un rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies publié le 2 février dernier,  le GSIM dispose déjà d’éléments au Pays dit de la Teranga. Ils se seraient installés dans l’Est, entre les régions de Tambacounda, de Kédougou et de Kaffrine. 

Les informations de cette note ont fait beaucoup parler mais seront confirmées en janvier 2021 par l’arrestation à Kidira, de quatre individus supposés liés à la Katiba du Macina. Interpellé sur cette opération, Macky Sall ne cache pas son inquiétude. « Pour les gens arrêtés au Sénégal oriental, oui, nous ne sommes pas épargnés », a-t-il commenté avant de plaider pour la méthode forte face à ce qu’il considère comme des velléités « d’atteindre l’océan atlantique ». 

« Donc, que ce soit le Sénégal ou les autres pays côtiers qui sont les derniers remparts, il faut qu’on se prépare à rentrer dans la bataille », préconise-t-il. Dans cette optique, il a écarté toute possibilité de dialoguer avec les terroristes, au risque de froisser son voisin malien. Mais dans cette guerre contre le terrorisme, le président sénégalais semble avoir fait de l’adage  « qui veut la paix prépare la guerre », son arme principale. À tort ou à raison ?

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