Ils sont nombreux au niveau des arrêts de bus. Hommes, femmes, enfants et jeunes, ils guettent tous la même chose, l’un des transports en commun les plus prisés à Dakar, les bus TATA.


KEUR MASSAR, PAS L’OMBRE D’UN BUS

Keur Massar, il est déjà 08h passées et toujours pas de bus. Pour la plupart, ils sont sur place depuis 6 heures mais aucune trace des “TATA”. L’inquiétude commence à s’installer. Quelques minutes après, un bus arrive avec des passagers. Les clients se ruent vers les portes pour se trouver des places mais le conducteur les stoppe net au moment où ils essayent de se frayer un chemin. Après interrogation, il leur informe qu’ils sont en grève et que tous ceux qui sont dans le bus sont en réalité des receveurs et conducteurs.

Les clients commencent à rouspéter. Michelle, une jeune femme avoisinant la trentaine essaie de trouver un autre moyen pour aller travailler. “Je n’étais pas au courant de cette grève, me voilà déjà en retard et je dois à tout prix me rendre au travail. Maintenant je vais faire quoi ? Je n’ai pas de quoi prendre un taxi. C’est vraiment compliqué”, lance-t-elle agacée. La foule commence à se disperser petit à petit. Aujourd’hui, tous les moyens sont bons pour sortir de cette situation. Certains préfèrent s’aventurer à la marche jusqu’à la route nationale.

Cette même situation, Moustapha y est confronté. Venant d’arriver sur son lieu de travail, il explique les difficultés qu’il a rencontré avant de trouver un moyen de transport. “En sortant de chez moi ce matin, je ne savais pas que les bus TATA étaient en grève. Arrivé à l’endroit où je prends d’habitude les Ndiaga Ndiaye, il y avait un monde fou. Les gens couraient derrière les voitures dans une folle bousculade. Après presque une heure à patienter, je me suis résolu à prendre un taxi pour ne pas être plus en retard. Mais là encore, les choses se sont compliquées. Presque tous les taxis que j’ai arrêté m’ont demandé entre 3500 et 4000, pour un trajet qui coûte d’habitude entre 2000 et 2500 F CFA. Voyant qu’il était 8h30 passées, j’ai été obligé de prendre un taxi à 3000 F CFA. Là où je dépensais d’habitude 200 FCFA pour aller au travail, j’ai dépensé 10 fois plus”.

Au garage des Ndiaga Ndiaye, c’est le chaos total. En plus de la bousculade, les prix ont été doublés. Impossible de voir un seul client qui attend, tous sont préoccupés par la foule de personnes qui attend les bus Dakar Dem Dikk, s’inquiétant de savoir s’ils auront une place même debout.

Le terminus Dakar Dem Dikk des Parcelles assainies grouille de monde. Tous les clients des bus TATA se ruent vers les bus marron-beige. Ces derniers sont remplis sur place par les clients qui s’échangent des propos pour le moins respectueux. Car, certains ont du mal à suivre la file.


DES REVENDICATIONS PAS ENCORE SATISFAITES

Tous comme les autres terminus des bus TATA, celui de la ligne 61 est aussi à l’arrêt. Les travailleurs respectent le mot d’ordre de grève. Ils sont habillés en rouge pour certains, d’autres arborent des brassards rouges autour des poignées et de la tête. Ils discutent tranquillement entre eux dans un de leurs bus sous les yeux des clients impuissants face à cette situation. Ces travailleurs réclament l’augmentation du nombre de chauffeurs et de meilleures conditions de travail.

Mor Sary Dieng, le porte-parole du jour de ces travailleurs de la ligne 61 à Keur Massar s’exprime. “Nous en avons marre de cette situation qu’on vit depuis plusieurs années maintenant. Nous travaillons de 4h du matin à 23h ou 00h pour certains mais les transporteurs ne voient pas les efforts que nous faisons. Quand nos machines montrent des défauts, certains des patrons le déduisent de nos salaires. S’il nous arrive de ne faire que 100.000 F CFA de gains journaliers, ils ne sont pas contents car nous devons en faire beaucoup plus comme si tous les jours sont pareils. Nous sommes fatigués de vivre ce manque de respect de leur part car en plus de cela, nous n’avons pas de bons salaires. Nous voulons des contrats pour bien mener notre travail. Nous vivons dans la précarité et pourtant nous avons des familles à entretenir, des besoins à gérer aussi. Aucun de nous n’a réussi à se payer même une petite baraque. Il faut que tout cela cesse, trop c’est trop”, gronde-t-il.

De l’avis de Ndongo Fall, les travailleurs disposent de contrats valides. “La grève est illégitime. D’ailleurs, ils ont déposé un préavis de grève, mais ce préavis ne concerne qu’AFTU, qui n’est qu’une association, avec 11 personnes comme personnel. AFTU n’a pas de chauffeurs ni de receveurs, ils devaient s’adresser aux membres du GIE”, a-t-il déclaré. Par rapport aux revendications, les salaires sont réglementés par l’État du Sénégal, dit-il. “Nous avons des contrats qui sont passés par l’Inspection du travail. D’ailleurs, chaque jour, on leur donne 2500 F CFA de gratuité. Ils ont leurs congés, une garantie sociale, une cotisation sociale.”

Ces travailleurs semblent déterminer à aller jusqu’au bout de leur combat. “Nous appelons le Président Macky Sall pour qu’il nous vienne en aide car nous avons espoir en lui en tant que chef de l’État. Après ces 48h de grève, si nous n’obtenons pas une suite favorable à notre demande, nous n’excluons pas de battre le macadam pour faire entendre nos voix”, lance alors Mor Sary Dieng avant que ses collègues ne commencent à crier à l’unisson leur ras-le-bol.

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